Je suis venue. Je n’ai rien apporté. Je t’ai reconnu dans ce lieu absent des registres, j’ai reconnu ta façon de tenir debout, de tenir à si peu, de tenir l’essentiel. Je n’ai pas oublié qu’hier je me demandais qui tu pouvais bien être pour ne rien expliquer et peindre une forêt, d’un seul doigt. Les arbres ont poussé depuis, hier c’est déjà loin, au moins une nuit, au moins, les arbres ont poussé, naturellement, je te connais depuis toujours, en somme. Je suis venue, je n’ai rien apporté, je suis pleine de la marche. Je n’ai pas oublié comme ta force est douce et comme j’aime que nous ayons résilié d’office les contradictions. Tu es si proche et tout à fait distinct, j’en perds par moment l’équilibre, mes flous ont changé de nature. Avançons un peu dans la forêt, les arbres portent du grenat et du pourpre, avançons jusqu’au carrefour où arrivent et commencent les destins singuliers. Poussons jusqu’à plus loin, je n’ai pas oublié que je sais que nous apprenons je ne sais quoi, que nous transmettons. Je n’ai rien apporté, j’ai les mains libres de pouvoir. Poussons encore, glissons à l’indienne jusqu’à la clairière suivante, tu es distinct et tout à fait proche, je te connais depuis l’ailleurs, je te vois à l’avant. Je suis là, je suis venue avec ce corps – je n’en ai pas d’autre –, il contient toutes les histoires que je pourrai un jour te raconter. Il ne sera plus le même, tout à l’heure, ni le tien.