Quelque(s) Chose(s)

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Ana Nb

l(m)a chambre d’ailleurs

vendredi 2 août 2013

 

la voix de mon père – l’escalier – et la voix de mon père descend - no veo nada que

la voix de mon père et d’autres voix – ils sont assis dans le jardin d’ Aurore - j’écoute

la pièce des pleurs – et autour de la table les voix emplissent déjà le silence de mon père – no veo nada que

la fuite dans le bois – la chute le cri et loin – la voix qui crie mon prénom

où maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ?

Le bruit du train - c’est la nuit – on dort sur les banquettes du train – les parents veillent

le long couloir le chant de l’oiseau enfermé dans sa cage – no veo nada que

la frontière le passage de la frontière – la voix française de ma mère et autour les voix espagnoles

il est tard il faut dormir – et dehors on entend les voix éclatantes de jeunes filles et de jeunes hommes

le Dormeur du Val – le portrait de Rimbaud – la fine pipe achetée

l(m)a chambre d’ailleurs

je regarde quelque chose par la fenêtre – souvent je suis dans la lune – je n’entends pas la voix autoritaire – no veo nada que

une voix est peut être une autre voix – au début il ya quelqu’un - il y a quelque chose – on tend l’oreille à l’intérieur – puis on tend l’oreille à l’extérieur

la pièce bleue
le lit à l’oiseau d’argent
le matelas posé au sol
l’appartement ouvert
la pièce blanche à la colonne de fourmis

je passe de la rue des rosiers à la rue des platanes à la rue de la garenne à la rue de l’enfer à la rue d’un général à la rue d’un peintre à la rue d’un savant

je m’injecte une mauvais drogue – et autour de moi personne – no veo nada que

ah respire ah ah ah respire ah ah ah respire ah ah respire
ah respire ah ah ah respire ah ah ah respire ah ah respire
ah respire ah ah ah respire ah ah ah respire ah ah respire
ah respire ah ah ah respire ah ah ah respire ah ah respire

pas même ici
pas même là
pas même là -bas

dans la couleur du Blue Black Fox et des quatre arbres d ’Egon dans les sons d’une pièce pour violon dans la voix de Robert Ashley

je brise l’étreinte
je marche dans l’invisible brume électrique
je quitte le royaume du perpétuel dream

ma chambre n ’est pas cette surface habitable aux quatre murs égaux avec fenêtre et porte fermées – ma chambre devient le quai des départs - de tous les départs vers tous les pays tous les continents – le monde entre dans l(m)a chambre d’ailleurs

Federico Garcia Lorca Fernando Pessoa Peter Handke Marguerite Duras Yachar Kemal Ghérasim Luca René Daumal Knut Hamsun – no veo nada que

d’autres voix suivent d’autres voix

je me perds à Berlin je me perds à Lisbonne – il ya quelque chose de beau dans – je ne sais plus où je suis

Rambla Santa Monica - et Christophe Colomb montre les étoiles – c’est une très vieille rue pavée je marche – j’écoute la voix incrustée dans la peau des murs

je vois la lumière soulever le blanc
j’entends le déplacement du corps sur le plateau
je vois le geste de sa voix

tu t ’approches maintenant
tu t’installes à la table – devant toi tes instruments une coupelle des objets de fer
tu commences le rêve du marin

et d’autres voix suivent

no veo nada que

d’autres voix

texte et photo d’Ana Nb

Je remercie Ana Nb pour son invitation stimulante à échanger nos places en ce jour. Ma contribution à ce vase partagé se trouve ici chez elle.
Les rendez-vous des vases communicants sont mis en bouquet par Brigitte Célérier qui enrichit également chaque édition de sa lecture exhaustive, transverse et subjective.

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