Quelque(s) Chose(s)

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ma chambre d’ailleurs

lundi 3 février 2014

Alexander Girard, wallpaper

 

I/I – dans ma chambre d’avant l’été j’ai oublié ce qu’il y avait la maison autour qui l’habitait dans quel bruit jusqu’à quel seuil de quelle histoire de quels rêves je m’endormais j’ai oublié ma première chambre, la deuxième sera première la deuxième passé l’été –

[avant-train, avant-aile, avant-garde,
avant-paysage, avant-saison, pressentiment]

Un coup de vent fit battre la porte.

I/II – dans ma chambre blanche la fenêtre sur un verger au-dessus du talus les yeux les lever le regard poser et le rouge profond d’une poupée de tissu le rouge métallique d’un lit qui serait sien l’orange du boîtier d’un tourne-disque j’entends à la fenêtre les oreilles les tourner la bouche peut s’ouvrir elle peut les voix de mes frères dans la chambre d’à côté –

[zones occupées,
ce qui a lieu n’est pas l’endroit]

On ne saurait pas encore ce qu’est se souvenir puis on apprendrait à lire et le monde serait changé. On apprendrait à lire, à lire quoi et comment.

I/III – dans mes chambres d’ensuite celle qui donne sur la rue d’une ville inconnue celle qui prend le soleil celle que l’on m’attribue que je vais partager celle que je choisirais j’y mettrais des images des objets, dans mes chambres d’ensuite que pourrait-il manquer, celle retrouvée encore changée ou inchangée l’odeur de naphtaline les cris dans l’escalier les fleurs collées aux murs dans la chambre des filles, celle qui celle qui quoi dans l’enfance jouer et rejouer à inventer l’après –

[selon que l’on descend ou remonte le temps]

I/ IV– dans ma chambre ambulante celle qui roule sans fouler celle qui mène par les mondes sans qualifier sans fatiguer ma chambre antihoraire à saisons inversées dans ma chambre en plein air de ma plage émergée je peux voir je veux voir les navires et l’orage arriver je peux tendre la main au hasard avancé –

[prendre le devant, prendre le détour, prendre figure,
prendre corps, prendre ciel, compléter]

I/V – dans ma chambre suspendue à un fil cent fois rompu cent fois noué ma chambre alvéole coquillage cavité me reposer de cette autre que je suis éveillée chambre à plans inclinés vertige chambre entre-deux à demi-jour étendue limitée ma chambre au bord du gouffre entre tes cuisses attenante à ce plein qui nous fait à ce vide inventé de toutes pièces –

[aménager l’espace puisqu’il nous est lié]

I/VI – dans ma chambre d’ici – ici même, comprenez – la voix se transforme en parole – la voix qui parle, comprenez – dans ma chambre d’ici le vécu le dedans sont démultipliés dans ma chambre d’ici j’écris je vous le dis ainsi et vous le recevez dans ma chambre d’ici je viens vers vous vers un nous que j’écris ma chambre devient ailleurs un chemin une chambre d’ailleurs une chambre d’écho un espace à donner –

 

 


Ce texte a été crée et publié une première fois lors des vases communicants avec Ana Nb en août 2013 merci à elle d’avoir suggéré titre et thème ad hoc ; on peut aussi (re)lire en ligne la version première sur son site le jardin sauvage.
"L(m)a chambre d’ailleurs" d’Ana, elle, a sa place ici.

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