Quelque(s) Chose(s)

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Nathanaël Gobenceaux

l’invisible de la carte

vendredi 6 juillet 2012

Je me penche sur la carte

CARTE - Représentation d’une portion de la terre … l’étymologie renvoie à Khartès, feuille de papyrus … Une carte est un modèle réduit ; elle a donc une échelle, qui mesure le rapport numérique entre l’image de l’objet et sa taille réelle … elle utilise des signes conventionnels … l’espace représenté est toujours déformé : toute carte est une anamorphose ...

[Aparté]
l’expression « se pencher sur la carte » doit venir des militaires
avec leurs grandes cartes sur table.
[/Aparté]

 

… « perdre la carte », au XVIIIème siècle, était s’égarer, « savoir la carte », être au courant des dessous d’une affaire ...

Sur la carte,

il y a le visible

Tu regardes la carte, tu vois la ville, les bancs de sable, la baie et la presqu’île de Howth, tu entres dans le détail des noms – Finglas, Ranelagh, Glasnevin, Kilmainham, Stillorgan ; tu remarques deux canaux : l’un au nord de la ville (Royal canal), l’autre au sud (Grand canal) ; tu fait l’inventaire des phares présents sur la carte – Howth / Poolbeg light house / Baily light house / Kingstown ; enfin tu notes 2 îles : Irelands Eyes & Dalkey Island.
Si tu satures la carte, tu fais ressortir le rouge de la ville, le beige des sables, le bleu de l’eau.


Tu regardes la carte, et tu sens bien que ton regard est attiré par la bordure littorale plus que par l’intérieur des terres ou que par la ville de Dublin en elle-même. Tu sens bien que ton regard est attiré par l’interface terre-eau plus que par la terre ou par l’eau.

& l’invisible

.
La carte c’est l’ailleurs,
c’est on imagine,
c’est on la déplie mentalement
avec nos références littéraires,
nos souvenirs et ceux des autres
nos constructions mentales :
déplier en imagination
la carte de Dublin
.
Dublin

tire des fils, des non-souvenirs puisque trop jeune à l’époque.
Des histoires racontées, des soirées diapos en famille quelques années plus tard
Sur l’île, il devait pleuvoir (ouah le poncif) car souvenir de photos d’Irlande avec père & mère en cirés bleu et jaune, ciel bas et végétation verdoyante en arrière plan.

Dublin ça tire des fils maritimes
Dublin, ça tire des bateaux

à l’époque tout le monde malade dans la cabine sauf les enfants.

Du coup ça tire la coculine
Dublin, ça tire d’autres bateaux

depuis le voyage en Corse, sur le flambant Napoléon, allongé sur les banquettes parce que quand tempête et estomac retourné, il faut s’allonger : c’est le bon conseil du copain habitué. Depuis, même pour aller à Bréhat en été (20 minutes de mer calme & plate comme une mare berrichonne) : coculine.

Ouah l’ aventurier !
Dublin, ça tire d’autres bateaux

ça tire l’Egito express pour aller à Corfou et un battant pavillon chypriote (dormir sur le pont qui penche plein nord et voir les côtes sombres de l’Albanie faire face aux cotes illuminées de l’Italie).
Ça tire la vedette de ligne qui flotte entre le continent et la petite d’Aix (retour à Napoléon, l’homme aux 4 îles).

Dublin
ça tire des bateaux,
& des lignes vers des îles.

 

Légende :
en Italique : extraits de l’article carte du dictionnaire de Géographie Les mots de la géographie.
La carte est tirée de La Nouvelle géographie universelle d’Elisée Reclus, tome Europe du Nord-Ouest, 1887.


Nathanaël Gobenceaux a deux noms (il est parfois Loran Bart), au moins trois blogs passionnants et d’infinies destinations géographiques et littéraires dans ses tiroirs. Il vient de terminer une résidence numérique de six mois avec Livre au Centre : Géo(-)graphies. Il navigue par voie d’écrit (mais pas que) entre Les lignes du monde et des Notes éparses.
Pour notre échange, nous avons assez naturellement choisi de "nous pencher sur la même carte", en l’occurrence issue des trésors de sa bibliothèque. Je le remercie pour son invitation, pour le choix de ce document inspirant et pour son texte, merveilleux, édifiant et vivifiant voyage cartographique.
Mon penchant sur la carte peut se lire ici sur son site.

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