Quelque(s) Chose(s)

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Michel Brosseau

variations

vendredi 5 octobre 2012

 

  • 1. In a Sarraute way

Tu me demanderas pourquoi je ne m’arrête pas un jour de plus… à cette question je ne réponds jamais et tu le sais bien… tu me la poseras quand même, comme à chaque fois… tu répèteras que c’est idiot… que tu ne peux pas t’en empêcher… que tu as beau savoir à quel point c’est inutile… j’essaierai de faire comme si de rien n’était… je te dirai une fois de plus que je repasserai bientôt… que c’est mieux comme ça… tu me répondras que tu comprends… que c’est sans doute moi qui ai raison… mais que raison ou pas une fois parti… tu n’en diras pas plus… phrase en suspens… fil au dessus du vide… que je m’y précipite… y disparaisse… tu n’as rien trouvé de mieux depuis le temps… gouffre ultime… et tu me demandes chaque fois pourquoi je reste si peu…

&

 

Tu me demanderas pourquoi je ne m’arrête pas un jour de plus à…

Je me suis mise à pleurer. C’était atroce. Je ne parvenais pas à me maîtriser. Le lecteur me proposa du Ravel que j’écoutai de bon gré. Moi non plus je n’aime pas les musiques commerciales avec des paroles... Hop, serviette, rhabillage avec jupe plissée bleue plus t-shirt blanc et sweat rose, et retour... Ici bas égal un jour de plus, égal un jour de moins.

Mais tu te rends compte de ce que tu as fait ?!

Les gens peuvent être d’une puérilité, ça ne me désole plus, ça me fait pitié... Puis ils m’emportent avec eux, mais moi j’ai rien demandé.

Je sais même pas pourquoi je gaspille mes mots pour ton être, tu mérites même plus que m’attarde sur toi.

Parfois, des gens que je connais à peine me demandent de ses nouvelles. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

Pourquoi y a pas de plan, aussi ?

La peur au ventre, le cœur à nu, de se perdre une fois de plus.

Je demande pas grand-chose, hein… Alors pourquoi je n’y arrive pas...

Une nuit entière à me répéter comme un leitmotiv : « Un jour je mourrais !... Je ne sais plus pourquoi je vous raconte ça, je ressens une pression sur ma poitrine, une lassitude... Je ne m’assois plus, je ne respire plus, je ne m’arrête plus.

Parfois, j’me demande pourquoi c’était toi, et pas quelqu’un d’autre. Pourquoi tu m’as jamais dit que t’allais mal ?

Je n’étais qu’une petite fille à cette époque.


Je suis heureuse et honorée de recevoir ici Michel Brosseau et d’être invitée sur son site à chat perché, atelier prolifique et haut de gamme d’écritures multi-genres et multi-supports. Il est par ailleurs et entre autres l’auteur de romans plutôt noirs mais pas que, parus chez publie.net et Terre de Brume, et de nombreuses contributions à la revue d’Ici là et à la revue Diptyque.
Pour ces vases communicants, nous avons choisi comme accroche la phrase "tu me demanderas pourquoi je ne reste pas un jour de plus à", merci à lui d’avoir eu cette idée judicieuse et ouverte.
Aux Variations de Michel s’accordent mes Coïncidences, que l’on peut lire ici.

La liste de tous les vases communicants est ficelée par la précieuse Brigitte Célérier.
Une présentation détaillée est réalisée par Pierre Ménard sur la page dédiée de Liminaire.

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