Quelque(s) Chose(s)

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Jean-Marc Undriener

"depuis le temps que je te cherche..."

vendredi 2 novembre 2012

 

depuis le temps que je te cherche derrière, toi, de l’autre côté
alors que tu es là, toi et que déjà c’est plié, tout plié déjà
moi et le reste, et les restes, et tu es là, toi, entre
et je ne cherche pas là, non, mais derrière, alors que derrière non
tu n’es pas derrière, toi, non, tu es là, toi, juste là, à portée de mots

à bout touchant, là entre, entre l’œil et le verbe voir, juste entre
là, sous mes yeux et leur manie de te
regarder te
chercher te
vouloir, toi, derrière, de te chercher loin
un peu plus loin chaque fois, plus loin, alors que non

et depuis le temps qu’il ne faut plus
et que je cherche quand même à réprimer en toi
le dernier tu pour ne pas, pour ne plus qu’
il s’échappe de toi, plus qu’
il coule en toi, au revers de toi

depuis le temps que, depuis le temps, tu es là
entre les lignes, toi, tu vis dans les lignes, dans les plans, toi
tu t’y fonds, entre, et je ne sais pas, je ne sais plus et
je me demande si c’est bien blanc, là, entre tes mots
et les miens, entre mes propres mots, entre les propres tiens

si c’est du blanc, bien du blanc et pas autre chose
bien toujours blanc et pas sale parce que tu sais qu’
ils fuient quand on y met trop les doigts, les mots, qu’
ils fuient, tu sais ça, toi, oui, tu sais ça, je tiens ça de toi, qu’
ils finissent par fuir, comme un peu des larmes
tout comme, larmes de doigts sales, juste
des larmes lourdes et elles finissent par fondre
trop ductiles, par mouiller entre, mouiller

et depuis le temps que je ne compte plus
que je ne tiens plus compte, plus le compte
ils ne comptent plus, ne se comptent plus
ces vides-là, là pour combler le vide laissé derrière
toi, par toi, ce vide sous la trace de toi

ce vide, là

entre

texte Jean-Marc Undriener
image Mathilde Roux

Le travail viscéral de Jean-Marc Undriener, sa façon de heurter l’expression - c’est à dire l’expression recherchée, l’absence d’expression adéquate, la difficulté d’expression de soi - à la matière, objets, organes, corps, murs et bâtiments, me touche beaucoup. Je suis heureuse de le recevoir et d’être invitée sur son site fibrillations où il présente ses séries d’écriture et ses séries photographiques et où il a lancé un beau chantier de revue perpétuelle.
Pour notre échange, nous avons choisi d’écrire chacun sur une photographie de l’autre.
Ma partie de vase se trouve ici chez Jean-Marc.

La liste de toutes les contributions est mise en bouquet Brigitte Célérier sur son blog de rendez-vous. Les vases sont présentés en détail par Pierre Ménard sur son site Liminaire.

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