Je reporte ici le texte publié dans le cadre des vases communicants de mars sur le site d'Hélène Clémente
et Pedro Cohen-Hadria, pendantleweek-end.net.

J’écris au dos des lettres que je ne t’ai pas envoyées. J’écris au dos de mes projets restés lettre morte. J’écris au dos des lettres d’intention, formulées, bien tournées, joliment présentées, j’écris au dos de ce qu’elles cachent. J’écris au dos des lettres d’attention, attention portée, déportée, enfermée dans le champ de la concentration sur l’autre, enfermée dans la cage du message tronqué, détournée par l’impact, errante comme une balle perdue. J’écris au dos de la tension mal placée, adossée à qui ne saura rien en faire, ni pour se détendre, ni pour s’appuyer. J’écris au dos des désirs portés jusqu’au seuil théorique du papier, destinés à qui ne saura rien en faire, à part en tapisser le fond de sa grotte, à part se vêtir de gloire sans avoir quoi gagné, à part torcher avec ses offenses mal digérées. J’écris sur les signes obsolètes d’un passé dactylographié. J’écris au dos de mes échecs, de tes échecs. Ils ont bon dos. J’écris derrière, c’est un coup de pied au cul, verbal et différé, une correspondance entre deux trains, une carte postale d’un lieu qui n’a pas existé. Je tourne la page. J’écris sur eux. Un présent qui s’ajoute. J’écris par-dessus, un mouvement qui transforme, je ne vois plus ta trace, un mouvement qui déborde, il a besoin d’espace, c’est la fin du cahier. Allez, c’est sans rancune, c’était plié d’avance. Prière de ne pas faire suivre le courrier. Allez, on peut en rire, nous manquions tous les deux d’adresse, nous étions tous les deux singulièrement timbrés.