Mathilde Roux, la vie pour miracle

Présentation et entretien avec Jean-Paul Gavard-Perret figurant dans l’ouvrage Univers Cités, 100 créateurs contemporains, édité chez Jacques Flament.   

 

Mathilde Roux offre un monde particulier qui se dégage des notions d’abstraction ou de figuration. Exit l'effet décor, chaque oeuvre est une fenêtre où un vent de cendre déblaie les apparences. L’artiste épluche le réel, le recompose en des sortes de cartographies. Pour lire le monde il faut une telle artiste qui patrouille voire gidouille, comme disait Jarry. Sans appâts, l’oeuvre possède plus une grâce qu’un simple talent. Et il est regrettable qu’une telle artiste demeure encore si méconnue. Il se peut que l’oeuvre déroute : elle se refuse à rester le coloriage de doctrines spécieuses, elle revient aux racines de l’image et fouille le territoire. 

 

(Extrait de l’entretien)

- Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?

- Je crois que tout artiste est distinct des autres, je dirais même par essence, puisque ce qu’il travaille prend sa source dans son individualité. Il y a là en quelque sorte une « communauté » d’esprit, quelles que soient les démarches et les formes élaborées. Je n’oeuvre pas dans une discipline classique comme la peinture ou la sculpture : je compose avec des matériaux pré-existants, des documents, du texte, j’associe l’image et l’écriture ; cela me distingue dans un sens, mais nous sommes nombreux à développer des démarches dites « plasticiennes » (en référence aux multiples supports utilisés) ! Mon parcours professionnel et artistique n’est pas, lui non plus, conventionnel, mais là encore je suis loin d’être la seule.

 

- Comment définiriez-vous vos cartographies revisitées  ?

 - Je préfère décrire que définir — c’est une démarche en cours, un « work in progress », qui prend forme et sens en se faisant, il n’est pas « pré-défini ». J’interviens sur des documents géographiques, cartes et représentations de l’espace, que je détourne, augmente, fractionne, assemble, et auxquels j’adjoins des fragments de pages de livres, des bouts de texte, des mots. En quelque sorte j’écris dans la carte, je place la parole (le récit) dans l’image, elle n’est plus - ou pas - dans le hors champ.  Peut-être est-ce une façon de chercher à placer l’intime dans le champ imparti du possible, du mouvement, du temps. On pourrait le dire autrement : des tentatives d’épuisement de la question du lieu d’être. 

Univers Cités, 100 créateurs contemporains est paru aux éditions Jacques Flament en novembre 2020.

Jean-Paul Gavard-Perret est écrivain, critique littéraire et critique d'art contemporain.

----- Voir l'ouvrage sur le site de l'éditeur. 

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